i'll kill you, emma bovary



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29 oct 09 / mauve.

Maintenant évidemment je n’ai plus envie de rentrer. Sous le ciel d’octobre, je pourrais mourir de bonheur, impression échappée d’il y a deux ou trois semaines déjà, 2 jours seulement où les rues d’ici m’ont frappée de plein fouet. Partir, revenir - toujours?
Quand même, une personne arrivée du passé qui semble vouloir me dire que ma vie nouvelle ne fait en fait que se réinventer, sinon à quoi ça rimerait de retrouver sa peau toujours chaude au détour d’un rayon de pâtisseries industrielles? Et puis plus rien finalement, pour l’instant, ma peur de briser l’équilibre fragile qui s’est instauré ici pendant sept et quelques jours. Deux ou trois jours cependant de trop sur mon calendrier, petite croix rouge oubliée, qui à la veille de mon départ fait planer l’incertitude, une nouvelle fois.
Une journée à Leipzig, les yeux qui piquent en sortant des salles de cinéma; on nous emmène à Bogota mais ici la nuit tombe à 16h30.
Des aller-retour jusqu’à nouvel ordre, les yeux fermés.

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03 oct 09 / wie es war.

Je me souviens du soir où je t’ai rencontré. Je me souviens des bières avec Pierre et aussi de la façon dont tu te tenais derrière le comptoir, mais c’est parce que je t’ai tellement vu faire ensuite.
La ville qui commençait à se dessiner dans ces rendez-vous du mercredi, peuplés de silhouettes et de personnages de plus en plus familiers, et moi qui ne voyait rien venir. Cette histoire est compliquée à plus d’un titre, elle l’est aussi parce que depuis ce mercredi-là, j’ai eu du mal à regarder Berlin autrement. La Maison. Le passé, l’histoire, les dingues et les paumés.

Il n’y aura pas de chronologie. Il n’y en a plus jamais eu depuis que je me suis allongée contre toi. J’ai beaucoup piétiné, patienté, espéré; on ne se sera finalement pas jetés dans le vide quand il fut question d’attendre que mon ventre s’arrondisse. J’ai tiré des traits - on l’a fait tous les deux. Dans l’intervalle, j’ai fermé les yeux avec toi, et ce fut doux, très.

Les yeux grands ouverts, je me demande ce que je pourrai garder de toi, de nous, d’eux. J’aime toujours ta douceur, ta pudeur, ta liberté, j’aime toujours la poussière de Berlin, le vent dans la Karl-Marx-Allee. J’aime toujours le gris, mais je ne suis plus là, et c’est cette seule nuance qui déterminait ce que j’ai été, deux ans.

Je n’ai plus envie d’écrire sur toi, je ne veux plus écrire ici.

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25 sept 09 / la réalité.

Je crois que ça s’apprend, finalement, de poser ses valises quelque part sans les défaire tout à fait, de les ranger sous un lit jusqu’à la prochaine fois dans une chambre qui n’est pas à soi - il y a des papillons au mur, des hello kitty cauchemardesques qui surgissent du moindre placard, rideau, tapis, des photos de filles trop blondes qui font la moue accrochées au mur; ça me change des souvenirs plein les armoires et des crânes dans les vitrines.

Oublié le samedi où je voulais me jeter dans le Rhône, depuis j’ai trempé mes pieds dedans, un jour où il a pris le train pour me rappeler que je n’étais pas tout à fait passée de l’autre côté.

Et puis je suis revenue à Berlin oublier pendant quelques jours une nouvelle vie, une nouvelle ville, une nouvelle colocataire et une nouvelle fac. Trois semaines ont suffit pour que mon regard se déshabitue des plafonds trop hauts et des pièces trop vastes de mon ancien chez-moi, et après 21 nuits passées seule, je me suis demandé qui venait de glisser son corps chaud contre le mien déjà endormi.

Les tramways bondés, les rendez-vous matinaux, les pages à lire, les formalités à accomplir, les films à voir. C’est bon, j’ai tué Emma, la fille qui s’accrochait aux fenêtres de cette maison, et malade et fiévreuse, je ne retrouve de la ville que certaines tâches de couleur, j’accuse un peu le coup de cet assassinat.

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sainte marie priez pour nous.

Si j’habitais à LOURDES, je pourrais aller à Londres en vol direct avec Ryanair. Mais dommage, j’habite à Lyon (3ème ville de France) et je veux aller à Berlin (capitale européenne), ce qui prend 5 h, au moins une escale, et coûte au bas mot 250 euros.

C’est con.

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25 aug 09 / pharmakon.

Bon, mes nerfs lâchent complètement mais rien de grave, la faute à tout ce soleil, au parc un dimanche quand le soleil se couche, aux gens qui y chantent Imagine, aux terrasses de restaurant où l’on peut fumer, à l’oisiveté que j’apprivoise enfin. J’ai dépassé cette étape où je pensais que ce ne serait pas possible, parce que non, c’est pas possible de partir comme ça , mais de bonne façon de partir il n’y a pas. Alors je vais y prendre un malin plaisir, comparable à celui de la dent délicieusement douloureuse qu’on arrache enfin, je vais partir dans 10 jours, 15 peut-être, avec une grosse valise qui contiendra tout sauf de toute façon l’essentiel, je vais quitter l’île et rejoindre le continent et un jour j’arrêterai de me faire du mal, un jour. Pour l’instant, laissez-moi éclater en sanglots parce que tout est trop beau, trop doux, beaucoup trop fort.

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31 jul 09 / i wisper into you

J’ai rendu mon tablier, enfin mon casque et mes cartes de pointage, dit au revoir aux trois égarés qui sont encore là, passé la porte en respirant un grand coup, plissé les yeux sous le soleil qui tapait sur la vitre du train. C’est fini. Et qu’est-ce que tu fais après? Je récite, bien sagement, ce que je vais faire “après”, en n’y pensant pas, ou si peu, en essayant de contenir mes “je suis pas encore sûre”, “ça me fait encore bizarre d’y penser”. Je vais partir.

Mais bien sûr que je pourrais passer ma vie à boire des bières au Supamoll*, à lever ma tête qui tourne vers ces murs délabrés et à essuyer mes mains sur mon jean après avoir vidé ma vessie pour la 4ème fois de la soirée, bien sûr que je pourrais rester là à fêter la naissance de ton fils avec toi, à parler de Berlin à ton frère que j’aime beaucoup, à supporter les mains baladeuses de tes collègues et leur épouvantable accent allemand quand ils m’appellent “mademoiselle”. Avec toi là, je continuerais à faire des concours de photos sans flash dans le noir, à tressaillir quand tu poses tes mains sur mes épaules, à supporter que tu me donnes des grandes leçons de billard. Et avec toi, je parlerais longtemps de tes expériences parfois douteuses, je te dirais que oui, bien sûr il ne couche avec toi que quand il n’a rien d’autre sous la main, mais que je sais pourquoi, je sais que tu l’aimes - encore.

Avec toi, avec toi, je…je continuerais sans doute à t’embrasser sous les flashs, à arrondir l’épaule quand ta tête vient s’y poser, à te surveiller un peu du coin de l’oeil, à être inquiète quand tu regardes dans le vague, à t’embrasser sur le chemin, à me jurer-craché que je ne veux pas ce bis repetita que je ne supporterais pas, pas de ce saut dans le vide qui commence entre tes bras et finit par une signature sur un formulaire médical.

Bien sûr qu’il faut que j’empêche chacun de ces lieux de me déchirer le coeur, bien sûr que c’est difficile, qu’est-ce que tu crois. Et à la question que tu ne poses pas, je pourrais répondre que j’ai encore envie de le protéger, de lui donner du temps, parce que c’est tout ce qu’il demande.

“Tu fais partie des gens que je ne voyais plus quitter cette ville”.

Mais voilà des jours que j’essaye de me convaincre qu’on ne construit pas sa vie sur des impressions, que la douceur grise du ciel ne suffit pas même si elle ressemble tellement à celle de la première fois, qu’on ne vend pas ses choix pour une inflexion dans la voix ou la forme d’un visage (celle des paupières lorsqu’elles se ferment).

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10 jul 09 / rockets.

Quand j’étais gamine je m’imaginais parfois que j’étais bonde comme les blés, ce n’était pas si difficile, il suffisait de ne pas se regarder dans la glace suffisamment longtemps, d’adopter des gestes un peu différents, c’était à elle que je pensais alors. Plus tard, quand elle a eu fini de me réveiller la nuit pour me dire ‘j’ai un truc à te dire’ (“quoi? - tu pues”, c’était une blague de son frère), on a usé des vhs pour se repasser Jean-Marc Barr embrasser Rosanna Arquette dans le Grand Bleu, en piquant des crises de rire, elle parce qu’elle en rêvait déjà, moi parce que je n’y comprenais pas encore grand-chose. Puis on a acheté des kilos de bonbons et des tonnes de gâteaux en sachet pour étancher nos fringales adolescentes jumelles - ce n’était rien 3 ans finalement- qu’on s’enfilait en douce après le gigot d’agneau-pommes de terres à l’huile. Quand elle a eu son premier appartement, avec l’escalier en colimaçon qui menait à la chambre mezzanine, j’ai voulu avoir le mien, et inviter mes copains à faire la chouille comme elle disait, quand elle rentrait chez elle et que je retrouvais ma chambre d’enfant après les dimanches en famille, qu’on passait à se cacher pour fumer des clopes derrière les mûriers. On a arrêté de comparer le nombre de cadeaux qu’on avait reçus à Noël pour parler d’autre chose. Quand j’ai eu mon premier vrai copain, elle m’a demandé si j’avais du plaisir avec lui. Elle m’a raconté, sur une balançoire, comment elle s’est éloignée de sa meilleure amie du lycée; je l’ai regardé pleurer quand son amoureux est parti travailler en Afrique.

Elle attend un enfant. C’est pas rien, trois ans.

Ce soir, il y a déjà un gamin qui grimpe sur la jambe de J, S. qui en fait des photos, et un autre enfant qui dort dans un autre ventre jusqu’à la semaine prochaine. J’ai fumé une clope à cette fenêtre il y a peut-être six mois, le cendrier est toujours là même s’il n’a pas servi depuis, j’ai encore moins de certitudes mais mon adolescence est terminée et je ne la regrette pas, je ne suis pas prête à fabriquer des enfants mignons qui regardent kirikou en pyjama mais je veux être adulte, je le suis et j’en prends à peine conscience. Je crois qu’il serait temps, quand même, de se libérer de deux ou trois trucs, je ne pense pas aux responsabilités, aux obligations, aux projets, seulement à cette impression que j’ai le droit, maintenant, de m’assumer - que je ne dois plus rien à personne.

(pour Debbie, évidemment)

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05 jul 09 / undo it

Personne ne me croit jamais quand je raconte que j’étais déjà nostalgique quand j’étais gamine. Je suppose qu’on ne raconte pas qu’enfant, on pleurait parfois sur la journée qui venait de s’écouler. Je n’ai pas encore compris que souvent, il faut faire semblant.

J’ai très souvent fantasmé le retour en arrière, la machine à remonter le temps, la vie qui va à l’envers. Pour revivre certains moments.

Mais là, il y a deux ans de ma vie que je voudrais rembobiner, s’il vous plaît. Nous sommes au milieu d’août 2007. J’atterris à Berlin, j’ai une semaine pour trouver un appartement, un job. Au lieu de trouver un mec plus qu’éphémère, je (re)trouve la voie de la raison. Je rentre à Paris, je continue à rêver de Berlin. La vie continue. Même si je le pensais à l’époque, je n’aurais pas déraillé.

Je me suis plantée.

Personne ne comprend jamais que ce ne soit pas suffisant, de vivre ici, d’être venue, de l’avoir fait. Personne ne voit que j’ai brisé mon rêve, et avec lui le rêve de quelque chose que j’aurai pu devenir, et que je ne sais plus où aller.

Alors je reste, et je suis malheureuse. Avec ma frustration. Avec Berlin comme une vitrine pleine de jouets avec lesquels je ne sais pas m’amuser. Avec mon mec qui vit depuis trop longtemps ici, et qui est Berlin en petit. Avec toute cette liberté qu’on m’offre et de laquelle je ne sais pas quoi faire.

Mes tentatives pour partir sont un peu désespérées. Mes raisons de rester sont un peu désespérantes.

J’ai échoué et je le sais, personne ne pourra me dire le contraire. Parce que je n’ai jamais voulu que ça se passe comme ça, parce que je croyais qu’ici, parce que je croyais qu’ailleurs…
Je rêve à nouveau d’un autre pays, d’un autre moi, mais l’enthousiasme que j’avais en arrivant ici, je ne l’ai plus.

Je n’ai jamais eu aussi peur que rien n’aille jamais mieux.

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30 jun 09 / "du siehst gut aus"

Ah bon? 6h30, je reprends le travail, j’ai passé mes deux semaines de vacances “à la maison”. Depuis mercredi nos nuits ne nous ressemblent plus, sauf quand j’arrête de mordre mon oreiller pour planter mes dents dans sa nuque - et ça ne sert à rien.

Il paraît qu’on peut aimer de plusieurs façons, et même d’une façon que l’autre n’attend pas, il paraît que je ne sais pas profiter, surtout quand je m’inquiète trop, surtout quand je pleure trop, surtout quand j’y pense (tout le temps).

Meurtrie. C’est pas moi qui l’ai dit. Dans le train je laisse ma place à qui veut.

Ailleurs ça fait sûrement tic tac, ça tricote, ça se tisse, je n’entends plus que ça, et ça m’assourdit.

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