i'll kill you, emma bovary



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28 nov 11 / wrong.

“A l’université, elle avait souvent déclaré son amour à la nuque de Benjamin, au dos de son costume de tweed, à sa silhouette qui s’éloignait. Pour s’apercevoir que ce n’était pas lui, mais quelqu’un qui lui ressemblait. Parfois, c’était même un rouquin, un Noir ou une femme! Elle avait pour lui une telle affection qu’elle débordait de partout. (…) Ou bien, elle l’appelait à son association - Chéri, j’ai hâte de te voir ce soir - et tombait sur un étudiant qui se faisait passer pour Benjamin. (…) Elle le demandait et feignait d’abord de le prendre pour un autre. Comme si elle ne pouvait pas avoir d’autres relations, comme s’il ne lui restait plus personne à appeler. A l’époque, elle les aimait tous, tous ceux qui ressemblaient à Benjamin, et même ceux qui ne lui ressemblaient pas.

L’amour était donc synonyme d’erreur d’identité. Erich Fromm, C.S. Lewis, Paull Tillich, tous étaient d’accord. L’amour s’éparpillait aux quatre vents. Il dépassait sa cible.”

The Ice Storm, Rick Moody. (traduction M. Lederer)

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17 mai 11 / one-eyed.

Je ne sais pas pourquoi j’ai encore un blog “berlinois”.

Puisque je n’y vais plus que de loin en loin, puisque je n’ai plus le temps, puisque je n’y vis plus depuis plus de deux ans (ou trois?). Puisque je ne suis plus la seule à prendre des trains.

Mais je ne sais pas non plus pourquoi il m’arrive encore de rêver de B. et donc d’écouter cette chanson à 6h30 du matin.

Je crois bien que j’ai un oeil qui est resté là-bas.

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10 mar 2010 / (a)live

Ca commence toujours par des larmes, j’y peux rien je crois, et puis cette fois ça faisait presque 2 mois. J’avais oublié jusqu’au nom de la Revaler Str. qui est mon-nom-de-rue-berlinoise-préféré, ça me fait penser à “dévaler”, on ne se refait pas. De nouveau, j’ai regardé les gens comme si je les enviais, ça m’a rappelé octobre 2007 quand je ne savais pas bien ce que je faisais. Comme par hasard, il n’y a qu’à Berlin que j’écris encore.

Bientôt un anniversaire, plutôt triste. Il paraît, (sur doctissimo), que ce sont les dates reminder qui sont les plus difficiles. Ironie du sort, c’était le 1er avril. Il y a un an, j’étais à Budapest, je faisais semblant de ne pas savoir; quand j’y suis retournée, je lui ai envoyé une carte en lui disant que je n’en souvenais bien, que je n’avais pas oublié. Evidemment, il n’en a rien dit. Moi, j’aurais préféré les douleurs qu’on me prédisait au goût que j’ai dans la bouche, aux rêves récurrents que je fais ces temps-ci. J’aimerais savoir ce qu’il en est pour lui - nous n’en parlons jamais.

Berlin berlin comme une chimère qui s’éloigne de plus en plus, la Maison que je trouve petite à mon arrivée, rétrécie par le souvenir. Un nouvel endroit à chercher à Weimar. 2h de train d’ici; si seulement je pouvais calculer le nombre de kilomètres qui nous séparent.

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24 jan 10 / you’re so staying another day

On est bien d’accord, pas question de résumer 3 semaines de voyage à quelques shots de tequila noyés dans de la bière à la dernière étape. A Vienne, on avait déjà la Turquie dans la vue, la Roumanie, le Bulgaristan, passés si vite que l’Italie et la Grèce étaient déjà loins - nos sacs à dos qui pesaient lourd sur nos dos à peine soulagés par les doigts de fée des masseuses de Budapest, des jours et des jours, des nuits ici, ailleurs, un peu nulle part parfois aussi. C’était déjà un peu l’Allemagne, c’était comme Berlin mais c’était autre chose, parce que les gens tirent la tronche dans le métro, même les vieilles à fourrure, très la Suisse en Autriche.

Donc les lumières d’Istanbul sous le pont qui relie l’Europe et l’Asie, le vaporetto et les taxis toujours jaunes, la vue sur Athènes qui ne sera jamais aussi belle en photo, les langues et les monnaies qui se mélangent dans les trains, avec toujours un peu de recul, de distance critique, comme une barrière qui a fini par tomber.

Deux jours pour que les 20 qui viennent de s’écouler prennent toute leur importance. Avec au retour moins de qu’en dira t-on et certainement de crainte dans le sac à dos. Un jeune homme qui chantait don’t worry be happy sous la neige en guise d’indice.

Et tant mieux si ça ne sonne pas Simone finalement.

(Et maintenant on fait quoi?) .

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06 dec 09 / boat behind

Une belle paupière gonflée au réveil, message (1) un mail publicitaire, une après-midi qu’on traîne à partir de 15h, un peu tout sauf le goût et la couleur d’une vie, ce ne sont que deux jours en transit que je fête avec des larmes. Rien à pleurer si ce n’est le vide qui se glisse entre une capitale allemande et une ville française, entre mon coeur resté là-bas et mon coeur qui battra bientôt certainement avec un peu trop de légéreté pour un peu trop de possibilités.

Mes nuits d’avant le départ qui sont souvent les mêmes, quand la peur de n’avoir rien fait et pas assez dit prend le dessus - mais qu’il est déjà trop tard, etc etc etc.

Mes nuits d’après à géométrie variable, avec tout ce calme ou l’oubli lorsqu’elles sont animées.

Ma capacité à m’adapter m’effraie (et comment s’adapter si ce n’est en tombant au moins un peu amoureuse), pourtant si certains souvenirs devaient garder toujours la même intensité, je crois bien que j’en mourrais.

Alors, en oubliant les jours où j’ai éteint la lumière juste avant la crise de nerfs, je rêve à de nouveaux souvenirs à fabriquer, qui faute de mieux pointent parfois au détour d’une caisse de supermarché ou d’une bière partagée à leur insu avec des suisses à l’identité nationale douteuse, et qui, cachant ainsi leur vraie nature, promettent carrément le présent, et la fin de la nostalgie.

Tant qu’on ne les perd pas de vue, il faut croire que tous les voyages sont encore possibles (personne n’a encore raté un train qui n’était même pas parti).

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29 oct 09 / mauve.

Maintenant évidemment je n’ai plus envie de rentrer. Sous le ciel d’octobre, je pourrais mourir de bonheur, impression échappée d’il y a deux ou trois semaines déjà, 2 jours seulement où les rues d’ici m’ont frappée de plein fouet. Partir, revenir - toujours?
Quand même, une personne arrivée du passé qui semble vouloir me dire que ma vie nouvelle ne fait en fait que se réinventer, sinon à quoi ça rimerait de retrouver sa peau toujours chaude au détour d’un rayon de pâtisseries industrielles? Et puis plus rien finalement, pour l’instant, ma peur de briser l’équilibre fragile qui s’est instauré ici pendant sept et quelques jours. Deux ou trois jours cependant de trop sur mon calendrier, petite croix rouge oubliée, qui à la veille de mon départ fait planer l’incertitude, une nouvelle fois.
Une journée à Leipzig, les yeux qui piquent en sortant des salles de cinéma; on nous emmène à Bogota mais ici la nuit tombe à 16h30.
Des aller-retour jusqu’à nouvel ordre, les yeux fermés.

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03 oct 09 / wie es war.

Je me souviens du soir où je t’ai rencontré. Je me souviens des bières avec Pierre et aussi de la façon dont tu te tenais derrière le comptoir, mais c’est parce que je t’ai tellement vu faire ensuite.
La ville qui commençait à se dessiner dans ces rendez-vous du mercredi, peuplés de silhouettes et de personnages de plus en plus familiers, et moi qui ne voyait rien venir. Cette histoire est compliquée à plus d’un titre, elle l’est aussi parce que depuis ce mercredi-là, j’ai eu du mal à regarder Berlin autrement. La Maison. Le passé, l’histoire, les dingues et les paumés.

Il n’y aura pas de chronologie. Il n’y en a plus jamais eu depuis que je me suis allongée contre toi. J’ai beaucoup piétiné, patienté, espéré; on ne se sera finalement pas jetés dans le vide quand il fut question d’attendre que mon ventre s’arrondisse. J’ai tiré des traits - on l’a fait tous les deux. Dans l’intervalle, j’ai fermé les yeux avec toi, et ce fut doux, très.

Les yeux grands ouverts, je me demande ce que je pourrai garder de toi, de nous, d’eux. J’aime toujours ta douceur, ta pudeur, ta liberté, j’aime toujours la poussière de Berlin, le vent dans la Karl-Marx-Allee. J’aime toujours le gris, mais je ne suis plus là, et c’est cette seule nuance qui déterminait ce que j’ai été, deux ans.

Je n’ai plus envie d’écrire sur toi, je ne veux plus écrire ici.

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25 sept 09 / la réalité.

Je crois que ça s’apprend, finalement, de poser ses valises quelque part sans les défaire tout à fait, de les ranger sous un lit jusqu’à la prochaine fois dans une chambre qui n’est pas à soi - il y a des papillons au mur, des hello kitty cauchemardesques qui surgissent du moindre placard, rideau, tapis, des photos de filles trop blondes qui font la moue accrochées au mur; ça me change des souvenirs plein les armoires et des crânes dans les vitrines.

Oublié le samedi où je voulais me jeter dans le Rhône, depuis j’ai trempé mes pieds dedans, un jour où il a pris le train pour me rappeler que je n’étais pas tout à fait passée de l’autre côté.

Et puis je suis revenue à Berlin oublier pendant quelques jours une nouvelle vie, une nouvelle ville, une nouvelle colocataire et une nouvelle fac. Trois semaines ont suffit pour que mon regard se déshabitue des plafonds trop hauts et des pièces trop vastes de mon ancien chez-moi, et après 21 nuits passées seule, je me suis demandé qui venait de glisser son corps chaud contre le mien déjà endormi.

Les tramways bondés, les rendez-vous matinaux, les pages à lire, les formalités à accomplir, les films à voir. C’est bon, j’ai tué Emma, la fille qui s’accrochait aux fenêtres de cette maison, et malade et fiévreuse, je ne retrouve de la ville que certaines tâches de couleur, j’accuse un peu le coup de cet assassinat.

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sainte marie priez pour nous.

Si j’habitais à LOURDES, je pourrais aller à Londres en vol direct avec Ryanair. Mais dommage, j’habite à Lyon (3ème ville de France) et je veux aller à Berlin (capitale européenne), ce qui prend 5 h, au moins une escale, et coûte au bas mot 250 euros.

C’est con.

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