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01 mai 09 / one month later.

Sur le chemin de “la maison”, quelque part en Lorraine, on est passés devant cet autre aéroport, qui ne voit plus décoller que deux ou trois avions par semaine. Le mercredi, vers 15h, et pendant quelques années, c’est là que mon grand-père donnait son rendez-vous hebdomadaire à son meilleur ami. Meilleur ami à qui il disait ‘vous’ invariablement, devant une mauvaise bière qui se réchauffait au rythme de leurs petites gorgées. Je n’ai jamais assisté à l’un de ces rendez-vous, ce truc d’hommes, vieillissants mais quand même, lors desquels mes frères et mes cousins mourraient d’ennui.

Soit. Avant chaque rendez-vous, le meilleur ami téléphonait à mon grand-père (vers 13h), et ils tombaient miraculeusement d’accord, sur le même jour à 15h, sur l’aéroport, et probablement sur la bière qu’ils boiraient, servis par l’inévitable Nathalie (qui couchait peut-être avec le meilleur ami, on ne sut jamais vraiment). Nathalie faisait sans doute semblant d’être surprise de les trouver là, peut-être qu’elle se demandait, les premiers temps, pourquoi deux retraités faisaient chaque semaine 20 bornes pour siroter de la Kronenbourg dans un hall d’aéroport presque désert, dos à la piste d’atterrissage qui, de toute façon, était la plupart du temps vide d’étincelles, de bruit, de passagers, d’avion.

Pourquoi le mercredi, et pourquoi à 15h; c’était comme ça. Les autres jours de la semaine inoccupés n’auraient pas convenu. Personne ne sait comment se créé une habitude.

Les premiers jours dans mon nouveau chez-moi, j’essaie de résister à la tentation de créer du souvenir, déjà, dans une maison saturée de passé. Mes premiers post-it sur la table de la cuisine, je suis impatiente qu’ils prennent de la valeur, qu’ils appartiennent au passé, eux aussi, comme pour que cette frange de temps ne soit plus le domaine exclusif de l’ancienne occupante des lieux. Une vie se dessine, et c’est un peu irréel encore, ça y est, mon nouveau quotidien vient d’être livré : je vis avec un homme de 15 ans de plus que moi, à Berlin. Il y a deux ans, je n’y aurais sûrement pas plus cru que si on avait dit à mon grand-père qu’il irait boire des bières dans un aéroport les 15 dernières années de sa vie.

J’aimerais bien garder ces journées remplies à ras bord où je m’écroule finalement dans ses bras, un peu fatiguée par le raz de marée des possibles qu’on entrevoit dehors, et qui tient soudain dans l’espace entre le col de sa chemise et les premiers cheveux. Ou ce 6h du matin où l’on se croise, moi avant de partir prendre mon avion, lui avant d’aller se coucher.

J’ai envie qu’il soit un fil rouge, pas un fil sur lequel je devrais marcher pour ne pas tomber. Même si je tombe, il n’y aura pas de vide, il y aura ça, au présent, ou au passé, au réel quand même.
(un écho à pixie)

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