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07 mai 09 / Allemagne 1 : Mannheim transfert.

Mannheim, Baden-Wurtemberg, à une heure et demi de la frontière française. Dans Mannheim, il y a une gare, dans la gare il y a une boîte (le ‘Zappato’), et dans cette boîte il n’y a probablement que des cons. Mannheim et moi, on était bien partis, au bout de ce train qui n’en finissait pas de s’arrêter un samedi soir en pleine nuit, une énorme incongruité, à laquelle il fallait donner ses chances, comme à toutes les autres, comme à celles qui finissent par devenir ce qui fait ta vie (des amis pas vus depuis trop longtemps, un village perdu, certaines nuits). A Mannheim il fait sale, mais pas le sale gris et dur de Berlin, une saleté dans laquelle on se vautrerait plutôt, au milieu des bars à cocktails et des glaciers tendance italien, au milieu des poubelles et des magasins de haute couture, des hommes qui sifflent et des hommes qui crachent.

Je ne sais pas ce qui m’a pris de m’enfoncer dans Mannheim, depuis la Gare d’où coule toute la ville, depuis la Gare d’où on pourrait s’enfuir, mais une bière à la main j’étais une révoltée à nouveau, et pendant une heure et demi j’aurais pu tirer sur toutes les nappes qui passaient, casser des vitrines, blesser quelqu’un, j’aurais pu hurler qu’il fallait me sortir de là, j’avais arrêté d’être pour, reposée de tout ça, d’une ville dans laquelle on se sent trop bien (ce qui n’explique pas pourquoi on y pleure souvent), à Mannheim j’étais contre, la reine du monde, intouchée, intouchable, pure, pas pareille, qui dévide secrètement son dégoût comme une araignée sa toile.

C’était vachement bien, mon adolescence à Mannheim, la laideur partout, la beauté forcément ailleurs. Sur le quai, une fille, une capuche noire qui lui donnait l’air d’une sorcière tenait un manche à balai à la main, on aurait dit qu’elle le faisait exprès, mais non, et personne ne la poussait sur les voies, le pire c’est que personne ne semblait en avoir envie. C’était un bel endroit pour des retrouvailles avec la violence, mais il fallait partir, Mannheim est une de ces villes qui te brisent un élan, qui t’étendent là, une demi-heure de correspondance de trop, une demi-heure d’errance trop tard, et Mannheim avait pris la forme de ma tête, ma tête la forme de Mannheim.

Il pleuvait logiquement sur Berlin à mon arrivée, et à 600 km de là, je buvais un cocktail devant un monument trop moderne, sans plus trouver l’issue de la boîte de la gare.

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