i'll kill you, emma bovary



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31 jul 09 / i wisper into you

J’ai rendu mon tablier, enfin mon casque et mes cartes de pointage, dit au revoir aux trois égarés qui sont encore là, passé la porte en respirant un grand coup, plissé les yeux sous le soleil qui tapait sur la vitre du train. C’est fini. Et qu’est-ce que tu fais après? Je récite, bien sagement, ce que je vais faire “après”, en n’y pensant pas, ou si peu, en essayant de contenir mes “je suis pas encore sûre”, “ça me fait encore bizarre d’y penser”. Je vais partir.

Mais bien sûr que je pourrais passer ma vie à boire des bières au Supamoll*, à lever ma tête qui tourne vers ces murs délabrés et à essuyer mes mains sur mon jean après avoir vidé ma vessie pour la 4ème fois de la soirée, bien sûr que je pourrais rester là à fêter la naissance de ton fils avec toi, à parler de Berlin à ton frère que j’aime beaucoup, à supporter les mains baladeuses de tes collègues et leur épouvantable accent allemand quand ils m’appellent “mademoiselle”. Avec toi là, je continuerais à faire des concours de photos sans flash dans le noir, à tressaillir quand tu poses tes mains sur mes épaules, à supporter que tu me donnes des grandes leçons de billard. Et avec toi, je parlerais longtemps de tes expériences parfois douteuses, je te dirais que oui, bien sûr il ne couche avec toi que quand il n’a rien d’autre sous la main, mais que je sais pourquoi, je sais que tu l’aimes - encore.

Avec toi, avec toi, je…je continuerais sans doute à t’embrasser sous les flashs, à arrondir l’épaule quand ta tête vient s’y poser, à te surveiller un peu du coin de l’oeil, à être inquiète quand tu regardes dans le vague, à t’embrasser sur le chemin, à me jurer-craché que je ne veux pas ce bis repetita que je ne supporterais pas, pas de ce saut dans le vide qui commence entre tes bras et finit par une signature sur un formulaire médical.

Bien sûr qu’il faut que j’empêche chacun de ces lieux de me déchirer le coeur, bien sûr que c’est difficile, qu’est-ce que tu crois. Et à la question que tu ne poses pas, je pourrais répondre que j’ai encore envie de le protéger, de lui donner du temps, parce que c’est tout ce qu’il demande.

“Tu fais partie des gens que je ne voyais plus quitter cette ville”.

Mais voilà des jours que j’essaye de me convaincre qu’on ne construit pas sa vie sur des impressions, que la douceur grise du ciel ne suffit pas même si elle ressemble tellement à celle de la première fois, qu’on ne vend pas ses choix pour une inflexion dans la voix ou la forme d’un visage (celle des paupières lorsqu’elles se ferment).

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