31 jan 09 / basement song
Je m’infuse les Strokes dans le métro pour monter les escaliers quatre à quatre et ne pas céder à la faiblesse en rencontrant la mère de son ex devant la porte, la porte s’ouvre sur elle à côté de moi et je continue à sourire, quand même je sens bien que c’est bizarre de nous voir entrer ensemble, de la savoir me regarder des pieds à la tête, mais je me suis fait des promesses et j’essaye de me faire confiance. Il y a là des gens qui ne m’aiment pas, et d’autres qui m’aiment bien, et puis, lui, là, au milieu, un peu énervé, un peu occupé, avec son année de plus.
C’est un peu mercredi à nouveau, un mini-m*nibar là dessous, dans les caves; la mère d’ex lui a dit que trop jeune c’est pas bien, qu’il faut faire attention (j’ai le droit d’ignorer, j’ai le droit d’écouter, j’ai le droit de la snober, de la fusiller du regard), et lui, à dire que oui, mais en même temps, quand il voit certaines personnes de son âge, hein (courageux mais pas téméraire). Je me fiche de son avis, à elle, mais ça me fait un peu mal, pour lui. (comme si c’était facile).
Dans la cave c’est blanc et beau, avec des petites lumières partout, et puis Elvis arrive, dans son costume blanc, avec sa guitare, et le mieux c’est qu’il s’appelle vraiment Elvis, et B chante accompagné d’une fille au violon, et encore une fois je me demande comment je pourrais être ailleurs qu’ici, dans une cave, à écouter ‘non J*** t’es pas tout seul’, en évitant de le regarder, comment quelque chose pourrait aussi adapté et quelque part, aussi idéal, ce qui n’empêche pas que j’ai déjà pleuré deux fois, que je me sens étrangère aussi, et que c’est juste trop, que je commence à m’en foutre qu’on voit mes larmes couler parce qu’en fait je suis vraiment très émue et que je souris aussi.
Il y a H, 52 ans, celui qui joue au billard et que j’ai réussi à faire danser, qui commence à me trouver dangereuse, en matière de jeune fille. Il y a P, que j’aime vraiment bien, qui m’appelle par le prénom de l’ex, qui s’excuse sincèrement, et pas trop longtemps. Il y a la nouvelle voisine qui tourne un peu trop autour. Il y a une photo où on est tous les deux, côte à côté, sans se regarder. Il y a le danger de se retrouver au petit matin seule avec B, à lui dire qu’il m’a manqué, que je me suis sentie abandonnée, que ça a été dur, à lui dire sans doute trop de choses, à le forcer à chanter du louise attaque, à finir par avouer que son pote, il n’est pas facile non plus.
A cette phrase “il m’a dit que les choses commençaient à s’éclaircir”. A la brume douce et calme du lendemain. A la première fois où tu m’as demandé d’être encore chez toi quand tu rentrerais. A tes 39 ans.